Un an après le massacre de Bagua, retour du leader des Indiens du Pérou

Un article de Cristina L'Homme - 29 mai 2010

Alberto Pizango

En exil depuis juin 2009 au Nicaragua, Alberto Pizango, président de AIDESEP (Asociacion interétnica de desarrollo de la selva peruana, qui représente 1 350 communautés indigènes en Amazonie, c'est-à-dire 350.000 personnes) est rentré à Lima le 27 mai.

Il a été immédiatement arrêté par les autorités péruviennes et relâché 24 heures après pour être placé en liberté conditionnelle.

Une semaine avant le rassemblement indigène prévu le 5 juin pour l'anniversaire du massacre de Bagua, cette attitude de la part des autorités péruviennes est sujette à interprétation : signe de détente ou crainte de débordement ?

Le 5 juin 2009, Alberto Pizango, indien Shawi originaire de Loreto (nord), avait participé en tant que chef du premier collectif d'Indiens d'Amazonie, à une manifestation massive et pacifiste, à Bagua, contre une série de décrets ouvrant leurs territoires aux compagnies étrangères sans même consulter les peuples indigènes qui y habitaient (violant de ce fait les droits élémentaires des peuples indigènes).

La mobilisation avait été sévèrement réprimée par les forces armées péruviennes, faisant 34 morts dont 24 policiers, et 155 civils blessés. Une tragédie. Les décrêts-lois auraient finalement été révoqués.
Pizango avait été accusé d'être l'instigateur de ce mouvement, de délits de rébellion, d'apologie de meurtre, de sédition et de conspiration et un mandat d'arrêt avait été lancé contre lui. 1 200 policiers s'étaient alors lancé à sa poursuite. Des militants l'avaient alors aidé à trouver refuge à l'ambassade du Nicaragua.

En octobre 2009, le ministère de la Justice péruvien avait dépose une demande de dissolution de l'organisation indigène amazonienne auprès du pouvoir judiciaire, s'appuyant sur l'article 96 du code civil qui autorise la dissolution d'une association "dont les activités sont ou résultent contraires à l'ordre public ou aux bonnes moeurs".

Le mandat d'arrêt contre Pizango s'est depuis peu converti en ordre de comparution. C'est la raison qui explique le retour volontaire de Alberto Pizango, après onze mois d'exil, pour démontrer son innocence et, a-t-il expliqué lors d'une conférence de presse, mais aussi pour : "œuvrer pour la défense de la planète terre, agressée… et pour un Pérou interculturel et démocratique". - Source