Vers la dissolution de l’AIDESEP?

Un article de Doris Buu-Sao  - Lundi 26 Octobre 2009

Jeudi 22 octobre, le ministère de la Justice péruvien a déposé une demande de dissolution de l'organisation indigène amazonienne AIDESEP auprès du pouvoir judiciaire.

Cette demande s'appuie sur l'article 96 du code civil, qui autorise « la dissolution d'une association dont les activités sont ou résultent contraire à l'ordre public ou aux bonnes mœurs ».

AIDESEP et la représentation des intérêts indigènes

AIDESEP, Asociación Interétnica de Desarrollo de la Selva Peruana, est une organisation fondée en 1980 pour représenter les intérêts des populations indigènes de l'Amazonie péruvienne. Elle est aujourd'hui l'association la plus active et visible dans les mobilisations indigènes de l'Amazonie, regroupant 60 fédérations qui représentent plus de 1 300 communautés, soient 350 000 habitants.

AIDESEP a notamment participé à la création de COICA (Coordinadora de las Organizaciones Indígenas de la Cuenca Amazónica) en 1984, une structure qui rassemble les organisations indigènes de l'Amazonie.

COICA

AIDESEP participe au quotidien à la défense des intérêts indigènes, ayant accompagné les populations dans l'obtention de titres de propriété pour près de 12 millions d'hectares et dans leur gestion.

Dans l'histoire, l'Amazonie, qui représente près des trois quarts du territoire péruvien, a toujours été considérée par les régimes successifs comme une terre vierge à peupler et à exploiter. Au 19e siècle se sont multipliées les lois pour inciter à la colonisation de l'Amazonie par les Péruviens. Et depuis les années 1970, l'Etat encourage les investissements étrangers en direction de la région, favorisant ainsi l'entrée des industries du bois, du pétrole et du gaz sur le territoire amazonien.

Les populations indigènes ont donc du faire face à une entrée rapide de populations extérieures sur leur territoire, alors qu'elles étaient jusque là restées relativement isolées des centres de pouvoir économique et politique du pays.  Elles se sont retrouvées confrontées à un droit qu'elles ignoraient et qui les ignorait tout autant.

Daysi Zapata et Oseas Barbaran

Ainsi, jusqu'au début du 20e siècle, la propriété de leurs terres n'était pas reconnue à des indigènes qui pouvaient, du jour au lendemain, être expulsés par des colons ou des entreprises auxquels l'Etat avait reconnu un droit de propriété.

Si le droit a ensuite tendu à prendre en compte la propriété rurale, celui-ci a toujours suivi les politiques de développement d'un pays qui a privilégié tantôt l'agriculture, tantôt la coupe du bois, tantôt l'extraction pétrolière.

Quant à la propriété effective des indigènes sur leur territoire, sa formalisation suit un processus coûteux et extrêmement long ; certaines communautés ont commencé les démarches d'obtention du titre de propriété il y a plus de cinq ans, et en sont toujours dépourvues.

C'est dans ce contexte que des organisations telles qu'AIDESEP interviennent. En fédérant les organisations indigènes locales, elles portent leur voix au niveau national voire international.

Ainsi, les organisations indigènes exercent aujourd'hui une pression toujours plus forte sur les organisations internationales, et elles entretiennent des liens forts avec les ONG.

Ces structures sont actuellement nécessaires à la poursuite de démarches administratives, qui sont coûteuses et demandent des compétences particulières (ne serait-ce que lire et comprendre  l'espagnol). Elles sont aussi présentes quand il s'agit de mobiliser les indigènes quand leurs droits, reconnus nationalement et internationalement, sont menacés. - Source