Impossible dialogue entre l’Etat & AIDESEP

L'exemple de Bagua - En juin 2009, les organisations indigènes, appuyées par AIDESEP, se sont mobilisées contre une série de décrets adoptés un an plus tôt, qui menacent leurs droits de propriété.

Au-delà de leur contenu, ils étaient dénoncés comme étant anticonstitutionnels car n'ayant pas été précédés par une consultation des concernés, par les indigènes mais aussi par une commission multipartite dont la formation avait été décidée par le Congrès.

Malgré des tentatives répétées de faire opposition légalement aux décrets, le gouvernement refuse de prendre en compte les plaintes transmises par AIDESEP tout comme l'avis de la commission multisectorielle mise en place par le Président du Congrès.

AIDESEP

Les organisations indigènes appellent donc en avril 2009 à une grève indéterminée. La mobilisation culmine en juin quand, pour mettre fin au blocage des routes de Bagua, les policiers donnent l'assaut contre les manifestants, dont certains réagissent violemment en ôtant la vie à 24 policiers.

Le bilan total est de 33 morts, de 155 civils blessés, mais les organisations et certains médias présents font état de nombreux disparus.

Alberto Pizango

Ces événements donnent lieu à une journée nationale de mobilisation le 11 juin, qui réunit plusieurs dizaines de milliers de manifestants en Amazonie mais aussi à Lima. Suite à ces manifestations, le gouvernement finit par concéder la dérogation de deux des décrets litigieux.

AIDESEP a joué un rôle central dans l'organisation de cette mobilisation. Elle a été, tout au long des événements, criminalisée par le gouvernement, alors qu'elle était son seul porte-parole.

Un mandat d'arrêt ayant été lancé contre son Président, Alberto Pizango, pour sa responsabilité présumée dans la mort des 24 policiers, celui-ci s'est réfugié au Nicaragua.

Avant même que le massacre de Bagua ait eu lieu, le Président de la République a quant à lui déclaré, dans un communiqué officiel du gouvernement le 6 juin 2009, que « [cette grève] est une agression préparée avec attention contre le Pérou, une conspiration qui a interrompu la production et le transport de pétrole, l'envoi de gaz vers les villes et la côte pour », responsabilisant les « politiciens qui prêchent des formules extrémistes (...), portés par leurs appétits électoralistes, se situant du côté de la sauvagerie extrémiste ».

AIDESEP, un nouveau Sentier Lumineux ? Actuellement, c'est avant tout l'organisation la plus à même de représenter les intérêts indigènes à l'échelle nationale, et de mobiliser les communautés quand leurs droits ne sont pas respectés. La demande de dissolution formulée par le ministère de la Justice est un pas de plus vers cette criminalisation des mouvements sociaux et ce refus du dialogue, alors que la responsabilité de l'organisation dans les violences de Bagua n'est toujours pas déterminée.

AIDESEP a déclaré dimanche 25 octobre que si, au terme des 20 jours à venir, le ministère ne retirait pas sa demande, l'organisation convoquerait les communautés indigènes amazoniennes à une mobilisation de grande ampleur, "La marcha de los Cinco Suyos", une marche qui amènerait les indigènes jusqu'à Lima.

On peut s'attendre à d'autres démonstrations de violences, de la part des manifestants comme des forces policières et armées. - Rue89.